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Aux origines de la truffe de Provence : le secret de Joseph Talon

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Avant d'être une filière, la trufficulture provençale fut une suite de découvertes heureuses et de secrets bien gardés. Retour au XVIIIᵉ siècle, là où tout commence, dans le Vaucluse.

Tout commence presque par hasard. Au XVIIIᵉ siècle, monsieur de Montclar, procureur général au Parlement de Provence, fait planter des chênes dans son domaine de Saint-Saturnin-lès-Apt. Il rêve d'un parc d'agrément. Quelques années plus tard, sans l'avoir cherché, il récolte des truffes.

Mais la nature est capricieuse. Les arbres grandissent trop, leur ombre s'étend, et la truffe — qui déteste l'ombre — déserte le terrain. La Révolution acheve l'affaire : faute d'entretien, le parc se transforme en broussailles et la rabasse abandonne définitivement les lieux.

La leçon n'est pas perdue pour tout le monde. Chez lui, à Croagnes, sur les pentes adossées aux plateaux du Vaucluse, un paysan du nom de Joseph Talon observe et réfléchit. Vers 1810-1811, il plante à son tour des chênes — officiellement pour le bois de chauffage. En traversant ce petit bois avec sa truie, il met au jour des truffes.

Avisé et astucieux, Talon comprend qu'il tient quelque chose. Il recommence, méthodiquement : il achète les terrains les plus pierreux, à peine couverts de terre, et y sème ses glands. Le succès se répète, aussi abondant que le premier. Talon, lui, se tait — mais ses panières débordant de truffes finissent par attirer l'œil sur le marché d'Apt.

On l'espionne. La légende raconte que c'est son propre cousin qui, ayant percé son secret, reprend la méthode à son compte. La trufficulture de Provence venait de naître — et, avec elle, sa première histoire d'espionnage.

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